Printemps de Bourges 2019

Exposition au Printemps de Bourges du 16 au 21 avril au Carré d'Auron dans l'espace Conseil Régional Centre-Val de Loire

Titre : futurs harmonieux

Cette exposition ambitionne de tisser des liens entre l'invention des règles de l'harmonie au temps de la renaissance et les créateurs modernes, nouveaux luthiers, artistes, artisans qui inventent les instruments de musique d'aujourd'hui ou les appareils de notre quotidien, inspirés de ce moment historique marqué par la définition de principes humanistes, la soif de connaissance, la libre pensée aujourd'hui véhiculés par le numérique.

Horaires du lieu : (accès libre)

  • Mardi 16 avril 15h/21h
  • Du mercredi 17 au samedi 20 11h/21h
  • Dimanche 21 avril 11h/17h

Ateliers

  • 15h - 20h tous les jours
  • 11h - 16h le dimanche

Les utopies mécaniques de Jonathan Sitthiphonh (Bourges)

Les machines sonores "La domozique et les domophones" d'Ant1 et Al1 (Lille/Poitiers)

Les domophones sont des instruments de musique électroniques, ludiques, personnalisés et accessibles à tous. Sans pré-requis nécessaires, ils permettent à chacun de jouer de la musique en s’amusant.

Ils sont fabriqués à partir d’objets de la vie quotidienne, plus ou moins volumineux : meubles, appareils électroménagers, luminaires, plomberie, jouets, etc… Ils sont équipés d’électronique, d’enceintes, et n’ont besoin que d’une simple prise de courant pour être prêts à jouer. Ils sont également conçus pour être inter-connectés et se synchroniser les uns aux autres, formant ainsi un orchestre.

Le vélo enchantant (en extérieur) d'Ant1 et Al1 (Lille/Poitiers)

C’est un jeu d’arcade poétique et musical qui consiste à faire une balade en vélo en chantant. Plus on chante aigu, plus on monte sur l’écran (tourne à gauche) et plus on chante grave, plus on descend sur l’écran (tourne à droite), la route devient alors une sorte de partition pour les chanteurs cyclistes.

L'harmonographe de Laurent Malys (Nantes)

Installation "Pendulum Music" de reso-nances numériques (Marseille)

Un pendule qui génère de la musique au gré des oscillations lumineuses, une installation inspirée de https://fr.wikipedia.org/wiki/Steeve Reich

Installation « Archéologie électro-accoustique » par Péran André (Orléans)

Une installation qui présente des instruments artisanaux qui fait le lien entre une archéologie électro-accoustique et les instruments actuels, composition :

  • Un double oscillateur stéréo a partir de handspinner en rotation au dessus d'une bobine
  • Une platine vinyle avec des écouteurs suspendus inversés en micro contact stéréo
  • Un kalimba de récupération en balais d'essuis-glace, micro piezo
  • Un stompbox micro piezo sur lequel on peut faire rouler des objets
  • Un jouet synthé gortron issu de la pratique du circuit bending
  • Un téléviseur analogique transformé en oscilloscope dIY

Instruments anciens

cf univ bourgogne

La lutherie synthétique actuelle

Présentation de synthétiseurs emblématiques de la fabrication actuelle d'instruments :

  • Demonstration interactive synthé modulaire Doepfer A-100BS2 + Roger Linn Design LinnStrument

Des boîtes à Yeah par centaines ! Atelier proposé tous les jours, 5h par jour, pour inviter petits et grands à se fabriquer une boîte à Yeah (boîte où l'on peut enregistrer un son avec un micro et le rejouer en retournant la boîte)

Pendant le festival, démonstration d'impression 3D pour créer des boîtiers à Yeah

Proposition de panneaux Musique & Renaissance

but des panneaux

-permettre de comprendre les principes physiques et musicaux qui unissent les objets présentés

-le cheminement est volontairement scolaire: ordre chronologique

-être le plus clair et le plus synthétique possible

-sur les panneaux il y aura des références aux différentes installations

contenu des panneaux trois parties:

-I/ Antiquité grecque

-II/ Renaissance

-III/ Aujourd'hui

Deux fils conducteurs: 1: concepts physiques 2: musique

contenu des panneaux

Introduction:

qu'est-ce que la musique? Un phénomène physique? Un phénomène esthétique?

les objets présentés ici vous donnent diverses réponses. Voici quelques explications sur leurs points communs.

I/ Antiquité Grecque

D'où vient la sensation que deux notes “sonnent juste”? 2500 ans plus tôt, Pythagore se posait déjà cette question. En passant à côté de l'atelier d'un forgeron, il aurait associé les différentes hauteurs des sons aux différents marteaux employés. Le choc sur l'enclume d'un marteau deux fois plus léger qu'un autre produit un son deux fois plus aigu. Deux masses ayant un rapport de 3/2 (par exemple, un marteau de 750g et un marteau de 500g) produiront des sons espacés d'un intervalle appelé “quinte juste”, considéré comme particulièrement harmonieux. On retrouve ces rapports sur un instrument appelé monocorde, constitué d'une seule corde tendue sur une table pourvue d'un chevalet mobile. Si on réduit la longueur de la corde de moitié, on entend une vibration deux fois plus haute que sur la corde entière. On appelle cet intervalle une octave.

II/ Renaissance de l'harmonie, une période de transition

Ces recherches des justes proportions se sont transmises au cours du Moyen-Âge notamment grâce au savant Boèce. Les proportions, représentées par des fractions entières, reflètent l'harmonie présente à tous les niveaux du monde physique: dans le cosmos (musica mundana), dans l'être humain (musica humana), et dans les mélodies (musica instrumentalis). Le mot harmonie provient du grec ancien ἁρμονία, mot qui signifiait “union”, “agrément”.

Tandis qu'au Moyen-Âge, l'écriture musicale repose sur une seule voix, à la Renaissance, on commence à superposer plusieurs voix. C'est une période de transition et de début de questionnement. Les problèmes de l'accord de ces voix entre elles vont se poser, tant sur le plan physique qu'esthétique. On appelle aujourd'hui “harmonie” cette facette de la musique.

Illustration de Robert Fludd 1574-1637https://en.wikipedia.org/wiki/Robert_Fludd

Comme l'illustre l'harmonographe, il existe des rapports de fréquences qui produisent des dessins remarquables. Si l'on joue les notes correspondantes ensemble, on obtient un intervalle qui “sonne” bien. Parmi eux:

-l'octave (doublement de fréquence)

-la quinte (rapport 3/2)

-la quarte (4/3)

-la tierce (5/4)

Dans la musique, on cherche à utiliser autant que possible ces rapports de fréquence. Les intervalles que l'on utilise pour cela entre une fréquence et son double forment une gamme (do ré mi fa sol la si). Mais comment ajuster les fréquences à l'intérieur de ce doublement?

Partons d'une note de fréquence 100Hertz. En montant d'octave en octave, on obtient d'abord 200Hertz, puis 400Hertz, etc…

Puis, en partant de cette même note de fréquence 100Hertz, on monte cette fois de quinte en quinte. On obtient cette fois 100x(3/2)=150Hertz, puis 150x(3/2)=225Hertz, 337,5 Hertz, etc…

Les deux séries ne se rejoignent jamais. En conséquence de quoi il est impossible de n'avoir que des rapports de fréquences harmonieux dans une gamme…

III/ Aujourd'hui

Ce problème a beaucoup occupé les musiciens. En effet, au fur et à mesure que l'écriture musicale devenait plus complexe, il était impossible de faire jouer ensemble différents instruments (notamment l'orgue, le clavecin, etc…), et de changer de gamme.

Ce n'est qu'au XVIIIème siècle que l'on s'est résolu à construire une gamme à “tempérament égal”, dans laquelle tous les demi-ton (le plus petit intervalle) sont égaux.

En approfondissant ces questionnements sur les vibrations et leurs fréquences, on retrouve la théorie de Fourier: un phénomène périodique se décompose comme la somme d'éléments de base: les fonctions sinusoïdales. Entendues seules (par exemple: sirène d'alarme, tonalité téléphonique, buzzer, etc…), ces fonctions sinusoïdales ne sont pas très harmonieuses. Mais en les superposant judicieusement, on obtient des sons complexes: c'est ce qu'on appelle la synthèse sonore, et que l'on peut entendre grâce aux instruments présentés ici.

Légende: un son complexe périodique peut se décomposer en somme pondérée de fonctions sinusoïdales

La gamme tempérée est toujours utilisée dans toutes les “musiques actuelles” occidentales. Au cours du XXième siècle, différentes conceptions de la musique ont enrichies notre langage musical:

-Autour de 1920, un compositeur autrichien, Arnold Schönberg, a radicalement remis en cause l'écriture de la musique en proposant d'utiliser les 12 sons de la gamme (au lieu de 7)

-À partir des années 1950, les recherches de Pierre Schaeffer ont donnée maissance à la musique concrète, qui intègre les bruits dans la musique

-Les musiques extra-occidentales ont permis d'introduire de nouvelles gammes, par exemple le quart de ton de la musique orientale

Thème : Renaissance

Idée : Lien avec la musique par le biais de l’harmonographe.

Contexte historique et musicologique :

On fait démarrer la Renaissance à la toute fin du XVIème siècle. En terme d’esthétique musicale cela correspond à une période où la tonalité telle que nous la connaissons aujourd’hui n’est pas encore établie. Entre observations scientifiques (héritées des Grecs) et conception philosophiques et religieuses, l’harmonie d’aujourd’hui se fraye un chemin.

L’harmonographe :

Il s’agit d’un dispositif constitué de deux pendules oscillant au dessus d’une table. Des bras articulés couplent les oscillations des pendules et un crayon trace sur la table la composition de ces mouvements. Des figures géométriques apparaissent.

Matérialiser le phénomène sonore :

-D’une part, construire un monocorde, c’est à dire une corde tendue entre deux points fixe. Sous la corde, une réglette permet de noter les fractions de la distance de la corde. On attribue à Pythagore les observations menées sur cet instrument, et notamment l’étude des fractions entières de la corde. Par exemple, si l’on impose un mouvement nul à la moitié de la corde et que l’on excite une des parties, on la corde vibrera deux fois plus vite que la corde libre, et le son sera perçu comme deux fois plus aigu que celui de la corde libre. On peut poursuivre ces observations sur les autres fractions entières (1/3, 1/4, /5, etc.). Plus tard, les travaux de Joseph Fourier permettront d’analyser les sons périodiques comme une somme de multiples de la fréquence fondamentale(que l’on appelle des harmoniques).

-D’autre part, faire fonctionner un harmonographe : on peut observer le couplage de deux pendules, et visualiser le mouvement composé de deux rapports harmoniques (entier). Par exemple, que donne le couplage entre une période de 1 seconde et une période d’une demi-seconde ?

Pour terminer, on peut trouver un moyen de sonifier l’installation (amplifier le son su monocorde, le faire vibrer à la fréquence de l’harmonographe)

Compléter l’installation par quelques panneaux explicatifs, et parler de la Musique des Sphères : « L’harmonie des sphères ou Musique des Sphères est une théorie d'origine pythagoricienne, fondée sur l'idée que l'univers est régi par des rapports numériques harmonieux, et que les distances entre les planètes dans la représentation géocentrique de l'univers — Lune, Mercure, Vénus, Soleil, Mars, Jupiter, Saturne, sphère des fixes — sont réparties selon des proportions musicales, les distances entre planètes correspondant à des intervalles musicaux » (Wikipedia)

Références :

Le Langage Musical Baroque - Laurent Fichet, Ed. Minerve, 2014

Harmonograph A Visual Guide to the Mathematics of Music – Antony Ashton, Wooden Book, 2003 https://www.bloomsbury.com/us/harmonograph-9780802714091/

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  • Dernière modification: 2019/04/09 23:18
  • par Labomedia